Mais le plus étrange est encore que la plupart des hommes ne
s’en aperçoivent pas ; ils adoptent l’homme qui est venu à eux, dont la
vie s’est acclimatée en eux, les évènements de la vie leur semblent désormais l’expression de
leurs qualités, son destin est leur mérite ou leur malchance.
Il leur est arrivé ce qui arrive aux mouches avec le papier
tue-mouche : quelque chose s’est accroché à eux, ici agrippant un poil, là
entravant leur mouvement, quelques choses les a lentement emmaillotés jusqu’à
ce qu’ils soient ensevelis dans une housse épaisse qui ne correspond plus que
de très loin à leur forme primitive.
L’homme sans qualités
Robert
MUSIL
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire